Silver Needle (Bai Hao Yin Zhen) – Mei Leaf

Aujourd’hui, j’ai pris froid: nez encombré, gorge qui chatouille; les plaisirs de l’hiver en somme. Dans ce genre de cas de figure, il y a deux choses qui fonctionnent: le chaï au miel ou le thé blanc. J’aurais pu faire un article sur le chaï, j’aurais pu… mais c’était moins pro’. Ainsi donc, aujourd’hui nous allons parler thé blanc. Pour les généralités sur le sujet, je vous renvoie à mon précédent article: https://tea-experience.be/2017/02/10/les-thes-blanc-generalites/

Petit zoom sur les Silver Needle ou Aiguilles d’Argent ou YinZhen 银针: ce sont des thés relativement récents. Pour la première fois en 1796, on collecte les bourgeons de la toute première récolte du printemps. Ceux-ci sont bien plus petits et verts qu’aujourd’hui. Il faut attendre 1857 pour que le cultivar Da Bai 大白(celui qui est généralement aujourd’hui utilisé pour la confection de thés blanc) soit utilisé. Ce dernier est connu pour produire de gros bourgeons à duvet blanc. Sa culture est alors exclusive à la province du Fujian, à Fuding plus précisément. Les Aiguilles d’Argent, sous leur forme actuelle apparaissent sous la dynastie Qing (1875).

Un thé blanc réussi est un thé ni torréfié, ni roulé. Il faut précautionneusement lui retirer ses tiges et les disposer sur des claie en bambou afin de l’exposer au soleil (par mauvais temps cette étape peut être réalisée à l’intérieur). Lorsqu’à peu près 3/4 de l’eau de la feuille s’est évaporée on les passe au dessus d’un feu de charbon. Ce séchage doit être très lent et à basse température; ainsi le thé reste bien blanc.

Nous allons tester les Silver Needle de la maison londonienne Mei Leaf. Il faudra être indulgent mon goût est un peu altéré en raison de mon état. Comme je vous l’ai montré dans mon article sur l’Ali Shan Cream, Mei Leaf est hyper précis sur l’origine du thé. Je vais donc  examiner ce qu’on nous dit de ces Silver Needle. Il a été récolté le 19 mars 2017: ça c’est tout bon! Les thés blancs doivent être récoltés entre le 15 mars et le 10 avril. On est en plein dedans! Cultivar Da Bai: parfait, c’est ce qu’on attend! Origine: Songyang, Zhejiang, Chine… et là, c’est le drame! Zhejiang, pas Fujian… C’est comme si on nous présentait un Long Jing du Hunan, un Champagne de Bretagne, un Bordeaux de Strasbourg. Ça semble étrange! J’ai conscience d’être assez psychorigide sur la géographie mais dans la vie il faut avoir quelques repères stables si non tout part à vau l’eau. J’espère que cette incohérence ne va pas trop influencer ma dégustation. Cueillette: bourgeons, c’est o.k. pour des Yinzhen. Altitude: 450m.

Pour l’infusion, je vais procéder en deux fois. Cette semaine, je discutais thés blancs avec des amis et ceux-ci on été interpellés par ma manière d’infuser le thé blanc: très longue. Je vais donc faire une première infusion: 3g/250ml, 60° et 12 minutes. Plus tard dans la journée, une infusion que mes amis – qui se reconnaitront – jugeront plus conventionnelle: 3g dans un gaïwan, 80° et des micro infusions de 40″ avec des augmentations de 10″ en succession.

 

Premier test:

feuilles sèches: Belles aiguilles légèrement courbées (en banane), blanches argentées légèrement vertes. Odeur de végétal sec (foin frais).

infusion: L’odeur est d’abord florale, rose puis végétal sec: foin et fruité. Ensuite il y a quelque chose d’un peu empyreumatique. les feuilles ont conservé leur forme, elles sont juste devenues plus blanches.

Liqueur: la liqueur est jaune pâle, très cristalline. la saveur est sucrée. Les notes sont très gourmandes, floral: violette, fruitées: raisins blancs, mûres (blanches), végétal sec, légèrement beurré. la texture est très huileuse.

profil organoleptique: C’est un thé tout en fraicheur. On est sur un seul profil: sucré avec accord des notes: violette, mûres, raisins. Une texture fabuleuse.

 

Second test:

Feuille sèche: idem teste 1

infusion: les feuilles sont toujours en beaux bourgeons blancs. L’odeur est plus gourmande que lors du premier teste: plus sucrée, plus « pâtisserie », plus beurrée. Mais on retrouve le végétal sec.

Liqueur: la couleur est un ton plus pâle qu’en infusion longue. Pour le descriptif, je vais me baser sur la seconde infusion et suivante car la première ne rendait rien. La saveur est sucrée mais moins intense que sur le premier test (pas d’amertume, pas d’acidité). Les notes sont florales mais pas violette, c’est davantage un bouquet de fleur où il n’y en a pas une qui se démarque plus que les autres (ça n’est pas fleurs blanches, ni rose), il y a quelque chose de fruité qu’on avait pas sur l’infusion en théière, quelque chose d’amande sucrée (qui me fait penser à la pâte à modeler). La texture est huileuse mais moins que sur l’autre mode d’infusion.

profil organoleptique: Comme lors du premier test, il y a un accord logique et linéaire entre les saveurs et les notes. Je dirais que les notes sont ici plus timides mais elles se révèlent tout de même au fur et à mesure des infusions sans pourtant ne jamais arriver à la même intensité.

Bilan: C’est un très très bon thé. J’étais assez septique quand à sa provenance mais force est d’avouer que si je ne l’avais pas lu sur l’emballage, je n’aurai rien remarqué. Ce thé vaut bien ceux du Fujian. Notons tout de même qu’il est peut être plus floral, là où les autres sont plus fruité mais d’un thé à l’autre il y a toujours variation. Il supporte parfaitement les réinfusions tout en restant aussi bon. 8/10!

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