Huping Shan Bi Luo Chun – Palais des Thés

Voici une petite curiosité dont il faut ABSOLUMENT que je vous parle : un Bi Luo Chun noir!!! Pour ceux qui ne connaissent pas bien leurs classiques, le Bi Luo Chun figure dans la liste des grands thés verts emblématiques chinois. Un peu comme les Long Jing, ils sont consommés en quantité industrielle dans toute la Chine. Les Bi Luo Chun sont connus pour leur forme un peu atypique en colimaçon, en escargot (bien que les plus grands crus de Bi Luo Chun se présentent souvent en torsades).

Lorsque j’ai vu la fiche de ce thé sur le site de Palais des Thés, j’ai été très interloqué et enthousiaste. J’avais lu quelques jours auparavant dans « L’empire du Thé » de Katrine Rougeventre que les chinois étaient entrain de revisiter leurs classiques thés verts en thés noirs: Long Jing, etc. Me disant que le hasard fait bien les choses, je me suis empressé d’aller m’en acheter !

Je vous avouerais que je suis tout de même passé par une phase de scepticisme… Qu’est-ce qui fait d’un thé un Bi Luo Chun? Manifestement, pas la couleur… Juste le pliage en colimaçon ? Je ne suis pas certain à 100% étant donné que les grands crus de Bi Luo Chun sont torsadés. Bien que Bi Luo Chun en chinois puisse se traduire par « Spirales de jade du printemps », le nom ne fait en réalité pas référence à sa forme mais au pic Bi Luo (Spirale de Jade) sur la montagne Dongting où il poussait à l’origine. L’espace géographique donc ? Le terroir ? Lorsqu’on se renseigne (notamment et toujours dans L’Empire du thé), on apprend que ce thé est originaire de la province de Jiangsu. Plus précisément, les jardins qui produisent le Bi Luo Chun se situent sur le mont Dongting en bordure du Lac Taihu. Et là, c’est l’horreur ! On consultant le descriptif Palais des Thés, on nous renseigne bien Dongting mais pas le mont: le lac, qui ne se trouve non pas dans le Jiangsu mais dans le Hunan (Et je vous assure que j’ai sorti mon Atlas pour vérifier : ces deux régions ne sont absolument pas voisines!!! Entre les deux, il y a l’Hubei et l’Anhui!), en plus la montagne ne correspond pas, ici il s’agit du mont Huping (c’est dans le nom du thé). La topographie est différente : le Hunan est une région de plaines qui encadrent le très grand lac Dongting tandis que Jiangsu est une région d’eau sillonnée pas de nombreux canaux. Essayerait-on de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ?! Est-ce que c’est encore l’histoire du Long Jing produit dans le Yunnan et emmené se faire manufacturer dans le Zhejiang?!

Ensuite, je me suis posé pour réfléchir et je me suis remémoré qu’en Chine les notions d’I.G.P. et de terroir restaient très floues, que le savoir faire pouvait s’exporter sans qu‘on ne s’en offusque trop. De plus, je ne voulais pas juger ce thé trop hâtivement sans l’avoir goûté… Je lui ai laissé une chance !

Pour l’infusion, on nous conseille : 6g pour un contenant de 30cl, infusés à 90° durant 4′. Je ne vais respecter que le temps d’infusion (3′ ça me semble court, 5′ j’aurai peur de trop pousser le thé). Pour la température, je vais descendre à 80°C, j’ai la sensation que les thés noirs infusés trop chaud perdent beaucoup en note (François-Xavier Delmas conseille lui-même de ne pas boire son thé à trop haute température, on se concentre trop à ne pas se brûler pour profiter correctement du thé). Le grammage me semble excessif : 6g/30cl, c’est le double de ce que je ferrai d’instinct. Je vais néanmoins un peu « surdoser » juste pour l’expérience : 5g/35cl. Pour le contenant, je joue la sécurité : une théière en porcelaine 35cl. Les petits contenants en porcelaine sont souvent à l’avantage du thé noir. Je vous avoue que j’ai pré-testé ce thé au gaïwan (comme toujours quand « je ne connais pas »), c’était pas mal, mais il rend mieux en théière !

Feuilles sèches : de belle spirale brune et or. L’odeur est gourmande : chocolat. (J’adore ces feuilles sèches ; elles me font penser au pelage d’un ours en peluche que j’avais petit).

Infusion: Les spirales se sont déroulées et ont pris une teinte brune-chocolat. L’odeur est boisée, sucrée, fruitée et florale, légèrement chocolatée ou caramel. On est sur une récolte impériale: un bourgeon et une feuilles.

Liqueur: Magnifique couleur acajou; on comprend pourquoi les Chinois disent « hong cha » (thé rouge) et non thé noir.

La saveur est sucrée et légèrement acide. Les notes sont cacao intenses, entre le boisé et le pyrogéné, fruité (Fruit d’automne, fruit compté et …figue), il y a quelque chose de floral (ça vient peut-être du côté figue, je trouve que c’est un fruit qui a des notes florales). La liqueur est dépourvue de tout ce qui est malté, cuire, etc qu’on peut retrouver sur beaucoup d’autre grands crus noirs chinois, toute la « force » vient du cacao. Pour le reste, on est sur des notes très subtiles et délicates. La texture est ample et ronde et en fin de bouche on a une toute fine astringence mi-fraiche mi-cacao.

Profil organoleptique: C’est un cru d’une grande complexité avec un double visage; d’abord tout en puissance avec le cacao, le chocolat noir intense, ensuite en subtilité avec les fruits et les fleur. La texture est mouvante et s’accorde parfaitement avec l’évolution des notes.

Bilan : alors moment compliqué… Ce thé est-il ou non un bon Bi Luo Chun? Si c’est un Bi Luo Chun, je n’en sais rien et j’ai décidé de ne pas trop m’en soucier ! Si on veut l’appeler comme ça parce-qu’il se présente sous forme d’escargot pourquoi pas ?! Après tout, il faut se rendre à l’évidence, la montagne Dongting n’est pas grande au point de pouvoir fournir le monde entier en Bi Luo Chun; on peut concevoir qu’il en soit produit ailleurs. Ce dont je suis absolument certain, c’est que ce thé – quoi qu’il soit en réalité – est un vrai grand cru ! L’éventail des notes est large. Ces dernières sont surprenantes, peu courantes (celle de figue notamment), la qualité de la cueillette est indéniable. Personnellement, je trouve le rapport qualité prix plus que satisfaisante ! Ce grand cru est mon coup de cœur du mois ! Il mérite bien un 9/10!

Erratum (06/07/17):
Suite à un échange avec Palais des Thés, je voulais procéder à un complément d’information sur ce Bi Luo Chun noir.  À la question de savoir ce qui fait d’un thé un Bi Luo Chun, il semblerait que la question de la couleur et de la géographie n’intervienne pas dans ce cas. Comme expliqué plus haut, nos amis Chinois revisitent leurs classiques thés vert en thés noirs, en gardant le même noms. De plus, l’absence d’AOP en Chine, permet de manufacturer une catégorie de thé hors de sa zone de production traditionnelle (le Hunan à la place du Jiangsu) sans que cela ne remette en question son appellation. Dans le cas occurrant, c’est bien la forme des feuilles (des très belles spirales) qui permet de qualifier ce cru du Hunan de Bi Luo Chun.

 

2 commentaires

  1. Bonjour,

    Je me présente, je suis Kévin Hendel le Social Media Manager de Palais de Thés. Nous trouvons votre article très intéressant et nous souhaiterions échanger avec vous sur celui-ci. Est-il possible que vous me transmettiez votre adresse mail ?

    Je vous remercie pour votre retour, bonne journée à vous, Kévin.

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