Alishan Cream – Mei Leaf

Voici un petit cadeau qui m’a été rapporté de Londres. Il s’agit d’un Oolong en perle de Taïwan. Depuis longtemps, j’étais à la recherche d’un Ali Shan Cha: un thé du Mont Ali situé dans le sud-ouest de l’île dans le district de Chiayi. Cette région du pays est particulièrement réputée pour ses thés de haute altitude (Gao Shan Cha).

   Avec le temps, Taïwan a su faire du oolong sa spécialité avec plusieurs zones de culture; chacune produisant un type de thé bleu particulier: le Dong Ding de Nantou au centre, les Bao Zhong de Pinglin (Taipei) au nord, les Bai Hao (Oriental Beauty) du district de Hsin Zhu, l’Ali Shan de Chia Yi et les perles noires à Taitung tout au sud. L’ancienne Formose est un formidable terrain d’expérimentation pour le thé. Ce pays entretient avec ce produit une relation atypique comparativement à ses voisins. Lorsque l’Inde a pris le dessus sur le marché du thé vers l’Occident, le gouvernement Taïwanais a rapidement compris que rivaliser serait impossible. Le choix d’encourager la production pour l’intérieur du pays fut effectué. Aussi, il existe une taxe très élevée sur tout thé importé de l’extérieur du pays pour inciter le citoyen à acheter taïwanais. De plus, depuis la moitié du XXème siècle, le gouvernement essaye de susciter l’intérêt de ses concitoyens pour le thé en créant des écoles et centres d’études autour du thé et de son agronomie (les inscriptions y sont peut onéreuses et on reçoit facilement une bourse), en organisant de multiples concours où sont remis des prix pour les meilleurs thés. Ces choix judicieux assurent au pays une économie florissante autour de ce milieux. Taïwan est un des rares pays du monde à vivre une presque parfaite autarcie du thé. La quasi totalité de sa production est consommée en interne. Cette configuration la préserve de nombreux problèmes comme celui de la Chine qui concentre son effort à essayer de talonner l’Inde ou celui du Japon qui est obligé d’essayer de vendre presque toute sa production en extérieur car le nippons influencés par la mode occidentale se tournent toujours plus vers les thés noirs indiens (parfois chinois) voir même vers… le café…

Revenons à nos gaïwans! Le thé qui nous intéresse aujourd’hui est donc un Ali Shan Cream. Tentons de décrypter cela. Comme expliqué plus haut, la dénomination « Ali Shan Cha » reprend tous les thés produits sur les pans du Mont Ali. Celui-ci se situe dans le district de ChiaYi. Cette zone est réputée pour les thés d’altitude: les Gao Shan Cha (littéralement: thés de haute montagne). C’est un terme utilisé pour qualifier, à Taïwan, les thés poussant à une altitude supérieure à 1000m. Cette dénomination n’est pas utilisée sur le continent. On la rencontrera plus généralement à Nantou ou à Ali Shan. Ces Gao Shan Cha se présentent presque toujours sous forme de perles.

Pour ce qui est de la partie « Cream » du nom (même si on a déjà plus où moins compris où on veut en venir), j’ai trouvé l’explication (la confirmation) dans l’information donnée par le cultivar indiqué sur la boîte: Jin Xuan. Celui-ci est aussi connu comme Jian Xuan Nai Xiang (si vous parlez chinois, vous aurez déjà compris), ou comme #12, ou enfin comme Milky Oolong (ça va? là vous avez compris?! 😀 ). En fait, ce thé n’est ni plus ni moins qu’un Milky Oolong d’excellente qualité!!! L’origine de ce cultivar remonte aux années 50. Le centre de recherche agricole du thé de Taiwan à commencé à croiser un cultivar Tai no.8 nong et du Ying Zhi Hong Xin. Au bout de trente années d’amélioration, ils sont arrivé au résultat définitif que nous connaissons aujourd’hui. En 1980, est présenté sous son nom officiel le Tai Cha No.12, plus connu comme: Jin Xuan Nai Xiang (Lys d’or au parfum de lait). Ce cultivar est caractérisé par un parfum et une texture naturellement lactée (parfois beurrée) et à la fois florale. Il s’est expatrié vers la Chine et la Thaïlande donnant parfois lieux à des imitations comportant des additifs au parfum lacté non naturel. Le Jin Xuan Nai Xiang du Mont Ali est traditionnellement plié en tête de libellule (comme les Tie Guan Yin chinois)

(Je voudrais préciser que tout thé produit dans les Ali Shan n’est pas issu de ce cultivar, bien d’autres avec d’autre caractéristiques existent)

Il va être temps de passer à la dégustation! La description nous annonce un thé évoquant un milkshake malté, des herbes de haute montagne, le rhododendrons alpin (j’ai déjà lu des descriptions étranges, mais ça jamais!) et la crème.

Pour les conseilles de dégustation, on nous propose 6g dans un gaïwan, une eau à 95°, 8 infusion, la première de 20 » puis en augmentant chaque fois de 5 ». (Pour le même thé, Katrin Rougeventre dans l’Empire du thé donne à peu près les même conseils si ce n’est qu’elle commence par 45 », puis revient à des infusions courtes entre 15 et 20 »). La structure en perle du thé me conforte dans l’idée de m’en tenir à la technique de Rougeventre.

Feuille sèche:
Feuilles roulées en têtes de libellules (perles), plusieurs nuances de vert, l’odeur est beurre chaud (rance), biscuit, pâte d’amande, végétal vert, légume.

Infusion:
Feuilles vertes, entières et de belles tailles (quoi que tout de même un peu petit pour un oolong), présence de nombreuses tiges, odeur végétale, acide, fruit frais, épicée (vanille: car oui, mettons le à plat une fois pour toute, la vanille est une épice), beurré.

Liqueur:
Couleur jaune pâle, ça sent le beurre chaud et la crème. La saveur est sucrée. Les notes: beurrées (beurre chaud, beurre rance), crème, vanille, il y a quelque chose de gourmand comme une pâte à biscuit encore tiède, fruits frais, fruits jaunes, floral (jasmin, narcisse), végétal, en fin de bouche un retour de fraicheur (peut-être ce que la description envisage comme « alpin » quelque chose de sapin). Texture: épais et crémeux.

profil organoleptique:
Tout commence en générosité et en gourmandise. Parfait accord entre la saveur sucrée et les notes crème, vanille ainsi qu’avec la texture. Ensuite on passe sur des notes plus légères fruitées et végétales (et c’est bien! ça évite d’avoir quelque chose d’écœurant) tout en restant sur un fond crémeux. En fin de bouche, un retour très frais avec des notes aromatiques type sapin qui viennent « renouveler le palais » de quoi préparer à une nouvelle tasse.

Bilan:
C’est un excellent thé avec une évolution logique. On va du plus ample au plus léger sans ne jamais passer pour une phase écœurante. C’est un grand cru qui tient ses promesses et très représentatif d’un thé du Mont Ali. Je l’ai effectivement infusé 8 fois et il était tout aussi bon de la première à la dernière infusion. On est resté dans les même notes avec des variations d’intensité, le côté crémeux restant une constante. Ce thé vaut un 9/10.

Pour retrouver/ acheter ce thé c’est ici: https://meileaf.com/tea/alishan-cream/

Petite mention spéciale à Mei Leaf pour la qualité et la richesse des information au verso de la boîte: (époque de récolte, cultivar, localisation, précision de la cueillette, altitude). Ce type d’informations sont encore bien trop peu présentes sur les packaging qu’on trouve dans les régions francophones (ou sur le continent en général): puisse Dammann, Mariage, Palais des Thés et consort en prendre de la graine!

 

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