De l’importance du sens critique lorsqu’on achète du thé

 

Cette semaine, j’ai vécu un grand moment de malaise. Je me suis retrouvé confronté à une personne qui – ne s’étant pas renseignée – a acheté un thé qui n’est pas ce qu’elle pensait mais qui refusait d’admettre s’être fait rouler… Je suis navré de vous l’annoncer aussi platement mais ce genre de chose se produit tous les jours ! Et je suis, de nouveau, navré de vous le dire sans prendre de gants mais : le thé c‘est un business et tous les vendeurs ne sont pas honnêtes! Attention! Je ne dis pas qu’ils sont tous des escrocs. Même si un grands nombre d’eux sont munis de bonnes intentions, il se cache dans la foule quelques renards qui sont prêts à profiter de votre naïveté. C’est pourquoi je ne saurait que trop vous conseiller de vous renseigner un minimum sur vos futurs achats et de – sans tomber dans la paranoïa – faire preuve d’un tout petit peu de sens critique. Voici quelques petits trucs et astuces auxquels j’ai moi-même recours lorsque je souhaite faire l’acquisition d’un nouveau thé.

1. Définissez votre objectif d’achat.
Acheter pour acheter sans même savoir ce qu’on veut, c’est bête ! C’est la meilleure façon de rentrer à la maison avec un achat impulsif, un thé qu’on n’a pas réellement désiré et qu’on va abandonner dans un coin de son armoire. Vous devez également savoir qu’il n’y a rien de plus frustrant pour un vendeur que d’entendre la phrase « Je voudrais quelque chose mais je ne sais pas quoi » ; si vous ne savez pas vous-même ce que vous voulez, il est évident que lui non plus ! Conséquence logique, il va vous proposer ce qui l’arrange le mieux de voir sortir du magasin. Pour éviter cela, ayez quelques réflexes simples. Posez-vous la question de savoir ce qui vous ferrait plaisir ou de ce qui vous avez besoin : « ai-je encore du thé vert/ noir/ oolong?« , « Je veux un thé de printemps ? « , « Je veux un thé de consommation quotidienne donc pas trop cher (mois de 15€/100g) ou un thé d’exception (entre 30 et 80€)?« , un thé de Chine, du Japon, Indien, Africain (cette question induira normalement le choix de la boutique)?, Je veux quelque chose de nouveau de que je n’ai jamais goûté (je vais enfoncer une porte ouverte mais dans ce cas, faite un tout petit effort de concentration pour savoir ce que vous avez déjà bu…)? « , etc.
Vous êtes seul maître de votre achat, ne laissez personne décider pour vous !

2. Renseignez-vous sur ce que vous aller acheter.
Un fois votre objectif défini, essayez de connaitre un minimum l’objet de votre désir. Il existe un panel de livres et sources internet qui renseignent sur le thé. Informez-vous pour l’amour de Dieu (ou toute autre déité que vous honorez)! Et croisez les sources d’informations, une seule ne suffit pas!!! Si vous souhaitez faire l’acquisition d’un Pu Erh de qualité, vous pouvez consulter le site Puerh.fr mais pas que ! Je veux bien entendre (j’ai écrit que j’acceptais de l’entendre, pas que j’étais d’accord avec ça) qu’Olivier Schneider soit la référence francophone en la matière mais croyez-moi, le Pu Erh c‘est une histoire vielle de quelques centaines d’années ; on ne l’a pas attendu pour commencer à écrire sur le sujet ! Dans les 1001 secrets sur le thé, Lydia Gautier définis très bien ce qu’est un Pu Erh dans l’article « thés vintages », F.-X. Delmas synthétise correctement les modes de fabrication de ces thés dans Tea Sommelier tout comme Katerine Rougeventre dans L’empire du thé, écoutez des interview de Maître Tseng qui est une des personnes au nez le plus fin au monde, spécialiste en thé Chinois, détentrice de la cave à Pu Erh la plus riche de France. Je le redis, informez-vous: ça vous évitera d’acheter du Mao Cha vendu comme du Pu Erh Primeur de l’année. Les sources d’informations sont légions, confrontez les et faites vous votre opinion ! N’oubliez pas non plus que tout se laisse écrire sur le net (aucune autorité autre que la mienne ne relira cet article avant de le publier d’ailleurs); privilégiez les sources papiers.

3. Sélectionnez votre point de vente.
On vit à une époque où les enseignes de thé sont partout ; vous avez l’embarras du choix. N’hésitez pas à être clients dans plusieurs à la fois (non non les vendeurs ne vous en voudront pas). Oscillez entre les boutiques « généralistes » et les « spécialisées », comparez les produits et leur qualité, le service client et la connaissance du produit des vendeurs. Si vous voulez un thé de qualité chinois rendez-vous chez quelqu’un dont c’est la spécialité : Nong Cha si vous êtes Belge, la Maison des Trois Thés sur Paris par exemple (Mariage Frère à défaut), pour les thés japonais il y a Jugetsudo, L’Inde et le Népal seront la force de Palais des Thés, Cape and Cape est spécialiste pour l’Afrique. Si vous cherchez un thé de consommation quotidienne sans accorder trop d’importance à la provenance, il y a la triade habituelle : Dammann, Mariage Frère, Palais des Thés. Quoi qu’il en soit évitez d’aller chercher un Shincha dans une boutique chinoise où on vous dirait que les thés nippons sont colorés « si non, ils n’auraient jamais un tel vert » ou « ils ont tous le même goût de poisson ». De même, vous éviterez de demander un thé chinois un peu trop spécifique dans une boutique à tendance généraliste au risque de vous retrouver avec du Lu’an Guapian Pré-Qinming (avant le 5 avril) alors qu’en logique ce thé ne peut être récolté qu’après Guyu (20 avril).

4. Évaluez les vendeurs.
Avoir trouvé ce que vous voulez, vous être renseigné dessus et avoir selectionné le point de vente, c’est bien mais ça n’est pas tout! Ils vous faut aussi être sur que le vendeur connait son produit. N’oubliez pas que cette personne est sensé être un professionnel du thé, s’il en  connait moins que vous, c’est qu’il y a un problème!!! Juste pour le fun je vais vous retranscrire trois conversations que j’ai eut dans un point de vente (toujours le même) à trois reprises différentes  (je ne dirait pas où, pour ne pas frapper quelqu’un à terre et prendre le risque de faire fuir les quelques derniers clients qu’il leur reste). En tout cas mes signaux d’alerte se sont mis en marche et l’endroit m’est devenu infréquentable.

Conversation 1:
Moi: Excusez-moi, madame. Je vois Sencha O.P., pourquoi cette appellation sur un thé vert japonais?
Vendeuse: Oh c’est tout à fait normal, je ne sais pas que ce que ça veut dire exactement mais c’est une très bonne qualité!

FAUX! Les appellations O.P., F.O.P., G.F.O.P., etc sont réservées aux thés produits dans les pays ayant été colonisés par l’empire britannique (donc pas le Japon). Cette classification informe sur le grande de la feuilles O.P. (Orange Pekoe = une bourgeon, une feuille), (F.G.P.= un bourgeon complètement fermé et une feuille). Donc dans cette classification O.P. n’est pas vraiment la meilleur et en plus elle n’a pas de sens en terrain nippon puisque ce qui compte là c’est le rang de la récolte (1ère récolte, 2ème récolte, 3ème, 4ème) pas la finesse.

Conversation 2:
Moi: Bonjour, je cherche des Oolong, une oxydation légère et une oxydation forte. Qu’avez-vous à me proposer?
Vendeur: (blanc) … heu désolé nous n’avons pas ça, on a que des oolong normaux.

Vous vous en doutez un oolong faiblement oxydé n’est pas plus normal ou anormal qu’une forte oxydation. Où peut-être à t-il essayé de me dire qu’il n’avait que des oxydations intermédiaires. Où alors ne savait-il pas de quoi je parlais… En tout cas moi je sais que j’ai vu dans la boutique un Milky Oolong (faible oxydation) et un taïwanais de type fancy (forte oxydation).

Conversation 3:
Moi: Bonjour Monsieur, sur cette boîte il est écrit sencha vietnamien. Qu’entendez vous par là? C’est un thé produit au Vietnam et plié en aiguille? Généralement c’est une appellation japonaise, non?
Vendeur: Oh le Vietnam et le Japon c’est pareil; ça vient de par-là (dit-il en pointant vaguement l’Est).

Dois-je vraiment insister sur le fait que le Vietnam et le Japon ça n’est pas la même chose? Les Danois sont-ils des Italiens? Connaitre – ne serait-ce qu’un tout petit peu – la géographie de l’Asie quand on vend du thé est une option?

Si vous vous retrouvez un jour dans, une situation telle que celle-ci dans une boutique: fuyez sans demander votre reste! Gardez à l’esprit que vous venez acheter un produit de qualité et que vous avez le droit d’être renseigné correctement! Le vendeur avoir un discourt fluide et sans hésitation, connaitre un minimum le produit qu’il vous propose (je ne dis pas qu’il doit connaitre le nom du chien du cultivateur, mais la région et le période de récolte/production, le mode de production, etc. me semble un minimum). Si le vendeur ne le sait pas précisément, il n’est pas exclu qu’il vous dise « Je ne sais pas mais je vais demander à un de mes collègues qui lui connait la réponse ». Gardons à l’esprit que le monde du thé c’est énormément d’informations. Celles-ci ne s’apprennent pas seules en quelques jour. Il y aura normalement toujours dans la boutique un responsable qui pourra vous guider. N’hésitez pas à repérer la personne qui vous aura informé correctement et à créer avec un lien de confiance. Ceci m’amène à préciser que les boutiques physiques seront toujours plus fiables que les boutiques en ligne. Sur le net vous n’avez pas de conseil personnalisé, uniquement un descriptif. Vous ne pourrez être certain de la qualité du produit qu’après l’achat effectué.

J’espère que ces quelque trucs et astuces vous seront utiles pour vos prochains achats. Ne tombez pas de la paranoïa et ne devenez pas tatillon à l’extrême; essayez simplement de faire preuve d’un peu de sens critiques. En Occident, le thé (le bon thé en tout cas) demeure un produit de luxe; ne laissez pas n’importe qui vous vendre n’importe quoi. Continuez à acheter du thé, achetez mieux mais surtout achetez du thé qui vous plait!

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